Caroline Saves porte un regard affectueux sur nos décors intérieurs. En piochant dans des magazines de décoration et des magasins de tissus afin de scénographier sa chambre, cette jeune artiste diplômée des Beaux-Arts de Lyon crée ici un espace domestique aux occupants hybrides.

Une sculpture a disparu. Nous entrons dans son appartement et tentons de rassembler des indices. Ses amis sont plantés là, ils attendent et forment ensemble un étrange décor. Ici un tissu éponge pend tel un peignoir au milieu de la pièce, là-bas, un morceau de canapé flotte et plus loin un autre s’assied. Adolescent un peu rebelle, un oreiller s’est fait mettre au coin. Ou peut-être pleure-t-il la disparition ? On ne retrouve de la sculpture manquante que sa couverture : une sorte de robe bleu  accrochée sur un cintre.

Caroline Saves n’est pas inquiète. Pourquoi le serait-elle ? Telle une mère elle s’occupe des objets qu’elle a fait naître : elle les habille d’un peignoir de peur qu’elles ne prennent froid, les glisse dans sa poche comme pour les protéger. Et pourtant, que sa sculpture ait disparu, cela lui importe peu. Elle se dit avec tendresse qu’elle est enfin autonome et qu’elle reviendra un jour. D’où, certainement, le titre de son installation « Alors si toi aussi tu penses à moi c’est sans doute que nous nous rejoindrons très très vite. », tirée de la chanson « From Tchernobyl with Love » composée par La Femme, un titre qui prend d’autant plus de sens lorsque l’on sait que cet espace dégarni contient des traces d’amiante.

Dans cet appartement témoin, le visiteur n’est donc pas vraiment le bienvenu, il se déplace tant bien que mal, dans cette chambre maladroitement bombée de déodorant et où les éléments de décoration, habituellement agencés afin de le mettre à l’aise, se sont retournés contre lui.

Manon Klein & Andy Rankin